Office de tourisme de Casamance

Le Kamagnéne ou fête des récoltes

Célébré entre février et mars dans ce qui est devenu l’actuelle Communauté Rurale de Mlomp dans le département d’Oussouye, le « kamagnène » est une fête traditionnelle ancestrale annuelle d’action de grâces à Dieu pour la bonne récolte. Cette fête marque officiellement la fin des récoltes du riz et la date de la mise en liberté des animaux domestiques retenus en vue de protéger les champs.

Désormais, tout paysan dont un des champs aura été dévasté par des animaux serait alors tenu pour seul responsable de la perte de sa propre récolte.

A noter qu’ensemble, les villages de la Communauté Rurale de Mlomp ont construit une ceinture appelée le « kassalou », une espèce de « muraille » longue de quelques dizaines de kilomètres, en bois épineux provenant de la feuille du palmier à huile, qui sépare l’ensemble de toutes les habitations, des rizières. Cette longue clôture à l’histoire encore peu connue, dont l’origine pourrait remonter à plusieurs siècles, a pour rôles, entre autres, de servir de rempart contre l’érosion des sols causée par le ruissellement des eaux de pluie et d’assurer, du même coup, leur restauration en luttant contre l’ensablement des bas fonds des rizières. D’autre part, elle permet aussi de circonscrire le mouvement des animaux domestiques à l’entourage immédiat du village et éviter ainsi toute mésentente entre éleveurs et agriculteurs. Une organisation traditionnelle politico-administrative (le « houmathiala » (*) ) des villages gère le « kassalou ». A tout nouveau marié, résident dans l’un de ces villages, qui désire pratiquer la riziculture, est automatiquement allouée une portion (le « épasse ») de quelques mètres de « kassalou » non loin de son lieu d’habitation, dont il est chargé de s’occuper et généralement reprise à un homme en âge de « retraite » ou décédé. Tout comme les retards dans les réparations annuelles d’avant le début de la saison des pluies, toute faille qui favorise le passage des animaux vers les rizières peut entrainer des sanctions contre le titulaire de la portion. Le premier jour de fête de « kamagnène » est synonyme de fin des obligations inhérentes à l’entretien de cette ceinture. A compter de cette date, s’ouvre la période de divagation des animaux et on ne peut plus tenir personne pour responsable de la perte de récoltes, jusqu’à l’hivernage suivant.

Aussi, une des particularités du « kamagnène » est que sa date d’organisation n’est jamais connue avant environ une semaine du début de ce festival. C’est la tradition ! Seul un homme, le "prêtre" organisateur, sait quand exactement il doit prendre la décision d’en fixer la date, après consultation de ses collaborateurs, surement. L’annonce officielle se fait par un chant unique de fête, automatiquement repris par tout le monde, surtout les jeunes qui le chanteront pendant les six jours environ qui précèdent le début des festivités. A retenir qu’un tel chant spécial et unique ne peut, en aucun cas, être chanté en dehors de cet intervalle de « kamagnène », au risque de transgresser un interdit et d’être poursuivi.

Des repas copieux sont partagés dans toutes les familles, avec au menu, des plats traditionnels spéciaux à base de produits entièrement locaux, « le séelle », le « bameuhéne », entre autres ! Un régal ! C’est la plus grande fête annuelle traditionnelle : un grand festival, un moment de socialisation, de partage avec tous, toutes religions confondues, de folklore, de luttes qui rassemble plusieurs villages. Tout jeune homme en bonne santé est admis à se présenter dans l’arène pour lutter, s’il le désire. La fête dure six jours au total, dont trois célébrés par la zone de MLomp et trois autres par les environs de Kagnout, Samatite, Elinkine et anciennement Karabane.

Le « kamagnène » est aussi l’occasion de la présentation publique des futurs époux, à l’image de la publication de bans précédant tout mariage moderne. Il est aussi ce qui peut être considéré comme la première partie de la cérémonie nuptiale et dans certains cas, le début des fiançailles (une autre version des fiançailles partois pratiquée, le « houhobène », pouvant généralement porter sur une période beaucoup plus longue, par exemple de l’adolescence des deux époux à leur mariage) dans cette partie du Kassa. En effet, cette fête advient généralement au moment où les futurs époux (les « abouwa ») ont déjà fini une grande partie des préparatifs du mariage notamment la remise de la dot. Le « kamagnène » est ainsi le moment du premier contact officiel "légal" des époux. Dans chaque quartier ou village, tous les jeunes mariés de l’année se réunissent avec leurs fiancées dans un "club" appelée « ébandeu » et pendant trois jours, passent la fête du « kamagnène » ensemble. Le « kamagnène » fait aussi office de jubilé des futurs mariés qui, souvent anciens champions de lutte reconnus, livrent leurs derniers combats marquant ainsi la fin ("enterrement", dirait-on ailleurs) de leur vie de jeunes garçons célibataires ! Des combats très délicats, du reste, qui se passent à l’arène spéciale appelée « houmagnène ». Une telle délicatesse tient du fait de la retraite immédiate des mariés juste après la fête, ce qui enlève à tout vaincu toute chance ou occasion de se rattraper. Le « ébandeu », généralement logé au domicile d’un récent marié du quartier, est le club spécial de préparation morale et surtout esthétique (cf. la photo) de ces mariés pour leurs combats. C’est tout le village qui se rassemble, tous les après-midis au « ébandeu » pour partager ce moment phare, transition joyeuse vers la vie de couple. Les « abouwa », hommes et femmes, ingénieusement habillés d’une tenue traditionnelle spécialement réservée aux mariés (voir photo) qui les distingue des autres, arborent ensuite les ruelles du village en direction de l’arène, accompagnés de tous les habitants, au rythme mélodieux de chants galvanisateurs et des tam-tams.

Cette année, toutes les populations de la Communauté Rurale de Mlomp sont en pleine préparation de cette très grande fête ! A Dakar, les étudiants originaires de la zone organisent un ensemble de manifestations sportives et culturelles pour célébrer l’évènement.

(*) Dans l’ensemble des villages (Djicomole, Haer, Kadjifolong, etc.) qui constituent l’aglomération traditionnellememt appelée Mlomp, cette organisation traditionnelle politico-administrative, le « houmathiala » , est une instance d’un organe plus vaste, le « Houtindoukaye » qui lui, joue un role beaucoup plus grand, sert de ciment entre ces villages dont elle régit et régule la vie, en partie.

Un texte de "Dr André DIATTA, Mlomp, UoL UK

       
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